Se former à une nouvelle approche soulève rapidement une question importante :
Comment l’intégrer dans sa pratique sans simplement ajouter un outil supplémentaire ?
C’est notamment le cas lorsque l’on exerce en sophrologie et que l’on se forme à une approche de retraitement émotionnel comme la méthode RE.NA.I.TR.E.®.
Après ma formation, je me suis donc posé une question très concrète :
À quel moment utiliser la sophrologie, à quel moment envisager cette approche complémentaire et comment articuler les deux de manière cohérente ?
Qu’est-ce que la méthode RE.NA.I.TR.E.® ?
La méthode RE.NA.I.TR.E.® signifie Retraitement Narratif et Intégratif du Traumatisme Émotionnel.
Il s’agit d’un protocole de gestion des traumatismes utilisant notamment les mouvements oculaires et des stimulations bilatérales, associé à un accompagnement narratif structuré. Le protocole est présenté par sa formatrice comme issu de l’EMDR et enrichi de techniques de visualisation et d’accompagnement narratif.
Elle peut être mobilisée lorsque certaines expériences émotionnelles passées continuent à produire des effets dans le présent.
Cela peut se manifester par exemple par :
- des réactions émotionnelles persistantes ;
- certains comportements d’évitement ;
- une hypervigilance ;
- certaines phobies ;
- des blocages ;
- des croyances limitantes ;
- certains schémas répétitifs.
L’objectif est d’accompagner le retraitement émotionnel d’une expérience qui reste encore très présente dans la vie de la personne.
Cette approche ne se substitue pas à un suivi médical ou psychologique lorsqu’il est nécessaire. Elle s’inscrit dans un cadre précis, qui nécessite également de savoir reconnaître les limites de son champ d’intervention et d’orienter la personne vers un professionnel adapté lorsque la situation le nécessite.
Pour en savoir plus sur la formation RE.NA.I.TR.E.® :
Site de la formation RE.NA.I.TR.E.®
Ce que la sophrologie apporte dans l’accompagnement
Dans de nombreuses situations, la sophrologie permet déjà à la personne de mieux identifier ce qu’elle ressent, de développer sa conscience corporelle, de mobiliser ses ressources et d’acquérir des outils qu’elle pourra réutiliser de manière autonome.
Ce travail permet notamment de renforcer les capacités d’apaisement, de mieux repérer les manifestations corporelles et émotionnelles, et de développer des repères internes plus stables.
Ces éléments peuvent aussi constituer une base particulièrement intéressante lorsqu’un travail complémentaire autour d’une expérience émotionnelle passée devient pertinent.
La sophrologie ne se situe donc pas à côté de la méthode RE.NA.I.TR.E.®, mais peut s’articuler avec elle à différents moments de l’accompagnement.
Quand envisager une approche complémentaire ?
Certaines situations peuvent cependant présenter une dimension émotionnelle plus marquée.
On retrouve notamment :
- certaines agressions ou situations de violence ;
- certains accidents ;
- le harcèlement ;
- certains deuils difficiles ;
- certaines séparations particulièrement douloureuses ;
- certaines phobies faisant suite à un événement précis ;
- des réactions émotionnelles persistantes malgré un travail déjà engagé.
Dans ces situations, il peut arriver qu’une expérience passée continue à influencer fortement les réactions présentes.
La personne peut avoir développé des ressources, comprendre ce qui se joue et pourtant continuer à ressentir des réactions intenses ou automatiques dans certaines situations.
C’est dans ce type de contexte qu’une approche de retraitement émotionnel comme la méthode RE.NA.I.TR.E.® peut, dans certaines situations, trouver une place complémentaire.
La sophrologie comme préparation au travail de retraitement émotionnel
Dans ma pratique, la sophrologie peut constituer une étape préalable intéressante avant d’envisager un travail plus spécifique autour d’une expérience émotionnelle difficile.
Elle peut notamment permettre de :
- renforcer les ressources internes ;
- développer un sentiment de sécurité ;
- améliorer la conscience corporelle ;
- mieux identifier les ressentis émotionnels ;
- apprendre à réguler certains états de stress ;
- disposer d’outils d’apaisement utilisables en autonomie.
Ce travail préalable permet à la personne de développer davantage de repères corporels et de mieux identifier ce qu’elle ressent.
Elle peut également apprendre à reconnaître les signes de tension, à observer ses réactions et à retrouver plus facilement des moyens de revenir vers un état plus stable.
Dans ma pratique, cette étape de préparation constitue donc un cadre intéressant lorsque l’exploration de certaines mémoires émotionnelles devient pertinente.
Ce que la méthode RE.NA.I.TR.E.® peut apporter en complément
Lorsqu’une expérience passée reste fortement associée à des réactions émotionnelles dans le présent, un travail plus spécifique peut être envisagé.
La méthode RE.NA.I.TR.E.® s’appuie notamment sur des mouvements oculaires, des stimulations bilatérales et un accompagnement narratif structuré.
Elle peut être utilisée lorsque certaines expériences continuent à être associées à :
- des réactions émotionnelles difficiles à réguler ;
- des comportements d’évitement ;
- une hypervigilance ;
- certaines phobies ;
- des croyances limitantes ;
- des blocages persistants ;
- certains schémas répétitifs.
L’objectif n’est pas de remplacer le travail sophrologique.
Il s’agit plutôt de disposer d’un outil complémentaire lorsqu’un travail plus spécifique sur une expérience émotionnelle passée semble pertinent.
Les croyances limitantes : un point de rencontre intéressant
Au cours de leur pratique, de nombreux sophrologues accompagnent des personnes confrontées à un manque de confiance en elles, à une faible estime d’elles-mêmes ou à certaines difficultés relationnelles.
Derrière ces problématiques peuvent parfois se retrouver des croyances telles que :
- « Je ne suis pas capable » ;
- « Je ne suis pas à la hauteur » ;
- « Je vais forcément échouer » ;
- « Je ne mérite pas de réussir » ;
- « Je ne peux faire confiance à personne ».
Ces croyances peuvent s’être construites progressivement ou être associées à certaines expériences émotionnelles marquantes.
La sophrologie peut déjà accompagner la personne dans la mobilisation de ses ressources, dans la perception de ses capacités et dans le développement d’une relation plus positive à elle-même.
Lorsqu’une croyance reste fortement liée à une expérience émotionnelle passée, une approche de retraitement émotionnel peut parfois constituer un complément intéressant.
Là encore, il ne s’agit pas d’opposer les méthodes, mais de s’interroger sur ce qui paraît le plus adapté à la situation rencontrée.
Et après une séance RE.NA.I.TR.E.® ?
La complémentarité peut également fonctionner dans l’autre sens.
Après un travail de retraitement émotionnel, la sophrologie peut retrouver une place importante dans l’accompagnement.
Elle peut notamment aider la personne à :
- intégrer progressivement les changements observés ;
- renforcer de nouvelles perceptions ;
- consolider ses ressources ;
- accompagner certains réajustements émotionnels ;
- développer davantage d’autonomie.
La sophrologie peut ainsi contribuer à ancrer de nouveaux repères corporels et à soutenir la personne dans son quotidien.
Une complémentarité qui nécessite aussi de connaître ses limites
Intégrer une nouvelle approche dans sa pratique implique également de rester attentif à son cadre de compétences.
Certaines situations traumatiques, certains troubles psychiques ou certaines réactions émotionnelles importantes peuvent nécessiter l’intervention d’un professionnel de santé ou de santé mentale qualifié.
Le rôle du sophrologue est aussi de savoir reconnaître les situations qui dépassent son champ d’intervention.
Orienter une personne vers un médecin, un psychologue, un psychiatre ou un autre professionnel adapté ne constitue pas un échec de l’accompagnement.
Cela fait partie d’une pratique professionnelle responsable.
Se former à une méthode complémentaire ne signifie donc pas pouvoir accompagner toutes les situations.
Cela implique au contraire de savoir dans quel cadre l’utiliser, à quel moment elle peut être pertinente et à quel moment une orientation vers un autre professionnel est nécessaire.
Sophrologie et RE.NA.I.TR.E.® : deux outils, des rôles différents
Avec le recul, je ne vois pas la sophrologie et la méthode RE.NA.I.TR.E.® comme deux approches concurrentes.
Elles peuvent répondre à des besoins différents au sein d’un même parcours d’accompagnement.
La sophrologie peut notamment intervenir comme un levier de préparation, de stabilisation, de mobilisation des ressources et d’intégration.
La méthode RE.NA.I.TR.E.® peut, dans certaines situations, être mobilisée lorsqu’un travail plus spécifique autour d’une expérience émotionnelle passée paraît pertinent.
L’enjeu n’est donc pas de choisir systématiquement une méthode plutôt qu’une autre.
Il s’agit surtout de comprendre ce que chacune peut apporter, à quel moment elle peut être utile et quelles sont aussi ses limites.
En conclusion: Enrichir sa pratique ne signifie pas multiplier les techniques.
Il s’agit plutôt de comprendre ce que chaque approche peut apporter, à quel moment elle peut être pertinente et quelles sont également ses limites.
Dans ma pratique, la sophrologie conserve une place essentielle pour développer les ressources, renforcer la conscience corporelle, favoriser l’apaisement et accompagner l’autonomie.
La méthode RE.NA.I.TR.E. peut, dans certaines situations et dans le respect du cadre de compétences du praticien, constituer un outil complémentaire lorsqu’un travail plus spécifique autour d’une expérience émotionnelle passée semble pertinent.
L’objectif n’est donc pas de choisir entre deux méthodes, ni de les utiliser systématiquement ensemble.
L’enjeu est de disposer de plusieurs outils, tout en gardant une question centrale : de quoi cette personne a-t-elle besoin aujourd’hui et suis-je le professionnel adapté pour l’accompagner ?



